La datation des Codex et le récit de la femme adultère

Mise à jour du 25 février 2020.

COMME s'efforçait de l'exprimer le précédent sujet « Jésus et la femme adultère », l'amour qui se dégage de ce récit de la vie de Jésus-Christ est si puissant qu'il touche depuis plus de 2 000 ans le cœur de milliards de personnes sur terre. Riche de par ses nombreux enseignements, ce récit encourage une multitude de valeurs morales, de bon sens et de compassion ; mais par-dessus tout, il est l'un des rares textes qui s'opposent franchement à la Loi barbare de Moïse sur la lapidation et sa violence prescrite à l'encontre des femmes.

Considérée canonique par la majorité, ce récit (Pericope Adulterae) a néanmoins traversé bien des péripéties durant son long voyage. Par exemple, dans certains manuscrits, il fut parfois déplacé entre l'Évangile de Luc et celui de Jean, dans d'autres, il fut même carrément supprimé.* Aujourd'hui, chargé d'histoire, il est à nouveau considéré comme texte apocryphe par la société Watchtower, et également supprimé de leur nouvelle édition révisée de la TMN, sortie en 2013.**

À ce sujet, voici ce que l'on peut lire dans le livre « Étude perspicace » de l'organisation :

« Le texte apocryphe de Jean 7:53–8:11. Ces 12 versets ont manifestement été interpolés dans le texte original de l’Évangile de Jean. On ne les trouve pas dans le Manuscrit sinaïtique ni dans le Vaticanus 1209, alors qu’ils apparaissent dans le Codex Bezae, qui date du Ve siècle, ainsi que dans des manuscrits grecs postérieurs. Ils sont néanmoins omis par la plupart des plus anciennes versions. Il est évident qu’ils ne font pas partie de l’Évangile de Jean. Une famille de manuscrits grecs place ce passage à la fin de l’Évangile de Jean ; une autre le situe après Luc 21:38, ce qui tend à prouver qu’il s’agit bien d’un texte apocryphe et non inspiré. » — Livre : Étude perspicace - volume 1, édition de 1997, p. 1246 § 5.

Puisque ce raisonnement s’appuie essentiellement sur une comparaison basée sur la datation des Codex Sinaiticus, Vaticanus 1209 et du Codex Bezae, et puisque aucune référence n'est faite sur lesdites « anciennes versions » mentionnées, cette information est-elle vraiment fiable ? Quelle est en réalité la date de rédaction de ces manuscrits ? Pourquoi la citation ci-dessus ne mentionne-t-elle pas également la date des deux autres Codex cités ? Existe-t-il vraiment une si grande marge entre ces datations, qui prouve incontestablement que ce récit ne peut être qu'un récit apocryphe ?

Par ailleurs, les dirigeants de la société Watchtower vont beaucoup plus loin encore dans leur démarche... Dans cette nouvelle traduction, sortie en français en 2018, le passage de « Marc 16:9-20 » est également supprimé ; et dans ce même raisonnement qui semble complètement incohérent, le verset de « Matthieu 5:44 » est quant à lui conservé alors qu'il ne figure pas dans le Codex Sinaiticus ; la raison semble de prime abord, simplement reposer sur le fait que son équivalent existe en « Luc 6:27-28 », etc.

Cette volonté, qui tend à vouloir supprimer littéralement certains passages précieux de la Bible, tient-elle compte du verset de Jean 21:25 ?

« Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait. » — Jean 21:25.

De toute évidence, il y a peu d'espoir.

La datation des Codex Sinaiticus, Vaticanus 1209 et Codex Bezae

Codex Sinaiticus :

Le Codex Sinaiticus est l'un des deux plus anciens manuscrits de la Bible (avec le Codex Vaticanus) qui rassemble à la fois l'Ancien et le Nouveau Testament. Comme pour la plupart des manuscrits de l'Antiquité, le lieu d'origine de l'écriture reste inconnu ; il fut écrit en écriture grecque onciale.

Bien qu'il ne s'agisse que d'une datation approximative, les paléographes sont unanimes pour dater le Codex Sinaiticus du IVe siècle, entre 325 et 360.(1)

Codex Vaticanus :

Le Codex Vaticanus (Vat. gr. 1209) est un manuscrit sur vélin rédigé également en écriture grecque onciale daté du IVe siècle, conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane.

Au cours de l'histoire, le manuscrit sera mis de côté, il y perd sa lisibilité et doit être entièrement réencré durant le Moyen Âge ; il y perd également de nombreux feuillets, notamment au début (Genèse 1-45) et à la fin (après Hébreux 9:14).

On ignore sa date précise de rédaction, mais une théorie du XIXe siècle encore admise en fait le témoin d'un « texte neutre », c'est-à-dire qui serait antérieur à toute recension. C'est sur cette théorie que reposent les éditions actuelles du Nouveau Testament qui privilégient ce manuscrit comme modèle.(2)

Codex Bezae :

Le Codex Bezae Cantabrigensis, est avec les quatre grands onciaux (Codex Alexandrinus, Vaticanus, Ephraemi rescriptus et Sinaiticus) un témoin scripturaire essentiel du Nouveau Testament grec. Écrit également en onciales sur vélin, il a pu être daté des années 380 à 420 au plus tard sur la base de ses onciales, une majuscule qui eut cours du IIe au VIIe siècle.

Ce manuscrit est vraisemblablement la copie fidèle du texte le plus ancien des évangiles qui nous soit parvenu.

Il fut restauré dans l'atelier de Florus à Lyon au IXe siècle.(3)

En conclusion

Même si ces datations sont avancées par des spécialistes, celles-ci ne représentent en définitive que des dates “théoriquesˮ sans grande précision. Le Codex Bezae Cantabrigensis, mentionné par le livre Étude perspicace, qui est « vraisemblablement la copie fidèle du texte le plus ancien des évangiles », n'est donc finalement éloigné que de 20 années à peine du Codex Sinaiticus ; quant à la marge qui les sépare de la datation du Codex Vaticanus, elle ne semble reposer essentiellement que sur une théorie ancienne et soutenue du XIXe siècle, bien que celui-ci soit formellement reconnu du IVe siècle.

Il semble donc utile de souligner ici la simplicité de raisonnement des dirigeants de la société Watchtower, qui soudainement attachent autant d'importance à la datation de ces Codex, au point de supprimer totalement certains textes remarquables de leur traduction.

De plus, il est à noter que ces mêmes manuscrits, cités comme références incontournables, contiennent tout de même un certain nombre de livres apocryphes dans l'Ancien Testament.

Sincèrement, ce petit intervalle entre ces datations “théoriquesˮ et approximatives, cette marge de seulement 20 années, peut-elle expressément justifier la suppression de textes bibliques anciens datés de près de 1 700 ans ? La science fera-t-elle prochainement de nouvelles découvertes bibliques importantes, qui mettront en lumière de nouveaux éléments sur ce magnifique récit ?


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* Source Wikipédia : Jésus et la femme adultère. (1) : Codex Sinaiticus ; (2) : Codex Vaticanus ; (3) : Codex Bezae | Codex en ligne : Codex Sinaiticus ; Codex Vaticanus ; Codex Bezae
** TMN : Traduction du monde nouveau. Suppression totale du récit de la femme adultère en Jean 7:53 - 8:11, TMN, édition de 2013.



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Le 12 avril 2021, 17:50
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