Le Nouveau Testament

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Traduction par Edmond Stapfer, édition de 1889, libre de droits.

n°43 / L’Évangile selon saint Jean 4 :

1Ayant su que les Pharisiens avaient ouï dire qu’il faisait plus de disciples et baptisait plus que Jean2(quoiqu’il ne baptisât pas lui-même ; c’étaient ses disciples qui baptisaient),3le Seigneur quitta la Judée et repartit pour la Galilée.4Il lui fallait alors traverser la Samarie.5Il arriva donc à une ville de ce pays nommé Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph.6Là se trouvait le puits de Jacob. Fatigué par le voyage, Jésus s’assit sur le puits ; il était environ la sixième heure.7Survint pour puiser de l’eau une femme de la Samarie. « Donne-moi à boire », lui dit Jésus.8(Ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres.)9La femme samaritaine lui répondit : « Comment me demandes-tu à boire, toi, qui es Juif, à moi qui suis Samaritaine ? » (Les Juifs, en effet, n’ont point de rapports avec les Samaritains.)10Jésus alors lui adressa ces paroles : « Si tu savais le don de Dieu, et quel est celui qui te dit : « Donne-moi à boire », tu lui ferais toi-même une telle demande, et il te donnerait de l’eau vive. »11« Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu cette eau vive ?12Es-tu plus grand que notre père Jacob, lequel nous a donné ce puits, et qui y a bu lui-même ainsi que ses fils et ses troupeaux ? »13Jésus lui répondit par ces paroles : « Quiconque boit de l’eau que voici aura soif de nouveau ;14mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant en vie éternelle. »15« Seigneur, reprit la femme, donne-moi cette eau-là, pour que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus ici pour puiser. »16« Va appeler ton mari, lui dit Jésus, et reviens ici. »17La femme répondit ainsi : « Je n’ai pas de mari. » Jésus repartit : « Tu as raison de dire : « je n’ai pas de mari » ;18en effet, tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; en cela, tu as dit vrai. »19« Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète.20Nos pères ont adoré sur cette montagne-ci ; et vous dites, vous, qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer. »21« Femme, crois-moi, lui dit Jésus, il vient une heure où ni sur cette montagne-ci, ni à Jérusalem vous n’adorerez le Père.22Vous adorez, vous, ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, parce que le salut vient des Juifs.23Mais il vient une heure, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que demande le Père ;24Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. »25« Je sais, repartit la femme, qu’il va venir un Messie » — (ce mot signifie Christ). — « Quand il viendra, il nous apprendra tout. »26Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »27En ce moment, arrivèrent ses disciples ; ils furent surpris de ce qu’il parlait à une femme. Aucun d’eux pourtant ne lui dit : « Que lui demandes-tu ? » ou : « Pourquoi t’entretiens-tu avec elle ? »28Quant à celle-ci, laissant là sa cruche, elle partit pour la ville et dit aux uns et aux autres :29« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce pas le Christ ? »30Ils sortirent de la ville, et ils allaient vers Jésus.31Dans l’intervalle, les disciples insistaient auprès de lui et lui disaient : « Rabbi, mange. »32« J’ai pour me nourrir, leur répondit-il, un aliment que vous ne connaissez pas. »33Les disciples s’interrogeaient l’un l’autre : « Quelqu’un lui a-t-il apporté à manger ? »34« Ma nourriture, reprit Jésus, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé, c’est d’accomplir son œuvre.35Vous dites, n’est-ce pas, qu’il y a encore quatre mois avant la moisson. Eh bien ! moi, je vous dis : levez les yeux et regardez ces campagnes, elles sont blanches pour la moisson.36Déjà le moissonneur reçoit son salaire, et ramasse du fruit pour la vie éternelle, afin que le semeur se réjouisse en même temps que le moissonneur.37Ici se vérifie cette parole : autre est le semeur, autre le moissonneur.38Je vous ai envoyé moissonner là où vous n’aviez point travaillé. D’autres ont travaillé et vous, vous êtes entrés dans leur travail. »39Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en lui d’après le témoignage porté par cette femme : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »40Aussi ces Samaritains vinrent-ils le prier de s’arrêter chez eux. Jésus y passa deux jours ;41et un bien plus grand nombre encore crurent en lui, après avoir écouté sa parole.42« Ce n’est plus sur ton récit que nous croyons, disaient-ils à la femme ; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde. »

43Après ces deux jours, Jésus partit de là et s’en alla en Galilée.44Il est vrai qu’il avait lui-même déclaré que « dans sa propre patrie un prophète est sans honneur ».45Cependant quand il y arriva, les Galiléens l’accueillirent à cause de tout ce qu’ils lui avaient vu faire à Jérusalem pendant la fête à laquelle eux aussi avaient assisté.

46Jésus se rendit aussi de nouveau à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Or, il y avait à Capharnaüm un officier royal dont le fils était malade.47Cet officier ayant appris que Jésus, venant de Judée, était arrivé dans le pays, alla le trouver et le pria de descendre à Capharnaüm pour guérir son fils, qui était mourant.48Jésus lui dit : « A moins d’avoir sous vos yeux des miracles et des prodiges vous ne croyez pas ! »49— « Viens, Seigneur, reprit cet officier du roi, avant que mon enfant meure ! » —50Jésus lui répondit : « Va, ton fils vit. » Cet homme crut à la parole que lui avait dite Jésus et s’en alla.51Il était déjà en route lorsqu’il rencontra ses serviteurs qui lui annoncèrent que son enfant était vivant.52Il leur demanda à quelle heure l’enfant s’était senti mieux. « Hier, répondirent-ils, à la septième heure la fièvre l’a quitté. »53Le père constata que c’était à cette heure même que Jésus lui avait dit : « Ton fils vit. » Dès lors il devint croyant, ainsi que tous ceux de sa maison.54C’était un nouveau miracle, le second que fit Jésus à son retour de Judée en Galilée.